Ouest-France

Actualité Côtes d'Armor

dimanche 29 juin 2008

« La langue des signes est une langue à part entière »

De gauche à droite : Sabine Montier, interprète (elle remplace Nadège Commeureuc en congé maternité) ; Jacques Le Couédic, président du comité d'organisation du 50e annniversaire de l'Association des sourds de Saint-Brieuc et des Côtes-d'Armor, et Nathalie Thomas, secrétaire.  De gauche à droite : Sabine Montier, interprète (elle remplace Nadège Commeureuc en congé maternité) ; Jacques Le Couédic, président du comité d'organisation du 50e annniversaire de l'Association des sourds de Saint-Brieuc et des Côtes-d'Armor, et Nathalie Thomas, secrétaire.

L'Association des sourds a soufflé ses trente bougies. Sabine Montier, interprète pour le centre Jacques-Cartier, Surditude 22, y participait. Rencontre.

Langage des signes ou langue des signes ?

Langue des signes. J'insiste sur cette notion. Une langue structurée qui, comme toute langue orale, possède un vocabulaire, un lexique, une syntaxe, une grammaire qui lui est propre. Elle ne s'écrit pas avec des mots, mais avec des signes mis bout à bout. Une langue différente, comme l'anglais est différent du français.

Qu'est-ce qui vous a motivée pour devenir interprète en langue des signes ?

Au départ, la passion pour les langues en général. Et l'envie de faire passer un message entre des personnes, d'une langue à une autre. J'étais étudiante, j'avais une vingtaine d'années. Un jour, j'ai rencontré des personnes sourdes. J'essayais de communiquer, de parler, de me faire comprendre. Cela m'a beaucoup interpellée de ne pas pouvoir m'exprimer. En parallèle de mes études (Sabine possède un Deug d'anglais, une licence et une maîtrise en sciences du langage), j'ai commencé une initiation. Petit à petit, j'ai fait mon apprentissage en prenant des cours du soir, deux heures par semaine. Ensuite, je me suis dit que le meilleur moyen d'apprendre était aussi de côtoyer le monde des sourds. Ce que j'ai fait en fréquentant des associations, en participant aux activités. Il m'a fallu quatre années pour bien l'appréhender. J'ai obtenu mon diplôme d'interprète professionnelle en 2006. Quatre jours pour souffler, et j'ai eu du boulot tout de suite.

Dans quelles situations intervenez-vous ?

Cela peut être des entreprises, des particuliers, des administrations, des établissements de santé... On intervient dans toutes les situations de la vie quotidienne et professionnelle : un rendez-vous chez le médecin, avec un chef d'entreprise pour un entretien, une réunion, la formation... C'est d'ailleurs ce qui m'attire aussi dans ce métier : la variété des situations et des personnes que l'on rencontre, qu'elles soient sourdes ou entendantes.

Êtes-vous beaucoup sollicitée ?

Énormément. Je suis malheureusement obligée de refuser des demandes. Il y a un manque, je suis la seule interprète en langue des signes pour tout le département (1). C'est peu. Il faut savoir que nous pratiquons quatre heures de traduction effective par jour maximum, car c'est très fatiguant. Cela demande beaucoup de concentration et d'énergie. Il faut d'abord voir ou entendre, comprendre, mémoriser, faire son petit brouillon dans la tête et le réexprimer dans la langue. Les gens sont contraints de me contacter au moins trois semaines, voire un mois avant pour un rendez-vous. A moins d'un désistement de dernière minute.

Propos recueillis

par Véronique CONSTANCE.

(1) Il est difficile de dénombrer le chiffre exact de sourds, malentendants et devenus sourds. D'après l'Association des sourds, on dénombre, dans le département, 500 personnes (sourds, malentendants et devenus sourds confondus).

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