>> Voir le clip "Comme j'étais en vie"Après une toute petite pause, Cali revient avec un nouvel album qui précède une tournée et même un film. Un disque enthousiasmant, où son côté rebelle côtoie des histoires d'amour inspirées.Franc-tireur ! C'est ça, Bruno Caliciuri est un franc-tireur. Franc-tireur qui, après une quinzaine d'années d'anonymat dans la musique au sein de divers groupes, s'est construit une place de choix dans la chanson d'ici. Une place à part, hors courant. Ce qui le rend aussi proche d'un Miossec (son grand pote) pour le côté écorché, que de Noir Désir pour l'engagement, voire d'un Delerm (dont il dit apprécier les disques) pour la qualité d'écriture.
Franc-tireur comme son grand-père, un Italien qui a combattu en Espagne avec les Brigades internationales, auquel il consacre une chanson bouleversante (
Giuseppe et Maria). Franc-tireur quand il raconte le combat de
1 000 coeurs debout, titre qui devrait cartonner en concert. Une marche épique, un hymne rassembleur, où ressort son amour du rock lyrique façon Waterboys, fameux groupe écossais.
Franc-tireur encore quand il appelle, exalté, à la résistance, après la « défaite » du 6 mai 2007. Engagé, Cali ? Évidemment. Engagé dans ses actes quand il soutient, à la dernière présidentielle, Ségolène Royal. Engagé dans ses mots, avec des chansons fortes comme
Pas la guerre, poignante histoire d'un tout jeune homme revenu du combat dans un cercueil, racontée du point de vue de son amoureuse.
« Ce disque m'a sauvé »
Le nouveau Cali est double. Il chante l'innocence, le combat, la résistance, l'espoir... Et il chante l'amour, le bonheur, l'absence... Finies les histoires de coeur déchirées qui peuplaient ses deux premiers disques. Avec une grande sincérité, il explique qu'il lui fallait passer par là :
« Quand j'ai écrit L'amour parfait, mon premier album, j'étais dans un état de détresse total. Je ne pouvais faire autre chose. Pourtant, ce disque m'a sauvé. Les concerts sont arrivés et j'ai pu sourire sur des textes tristes... Triste dedans, euphorique dehors. Ses spectacles dégageaient une énergie folle, un côté festif contagieux.
« Pour Menteur, mon deuxième album, reprend-il,
j'avais la pression. J'étais groggy. Je sortais la tête de l'eau... Mais là, j'ai réussi à écrire des textes qui traduisent de beaux souvenirs, des textes qui me font du bien. Par exemple, je me suis rappelé de l'image de cette femme sortant de l'hôtel, sous la pluie, radieuse. Je me suis demandé ce qui pouvait la faire sourire ainsi. J'ai pensé à une nuit d'amour exceptionnelle. J'ai écrit Je me sens belle. »
Dans
Amoureuse, il se conjugue également au féminin :
« Je suis une femme seule à une table, trop seule et ça me brûle. À côté, un couple se regarde et s'embrasse... Dans cette chanson, il y a un côté voyeur et l'espoir de se dire que la prochaine fois, ce sera peut-être son tour. »
Cali a un vrai talent d'auteur, qui apprivoise la langue avec grâce. Dans
Les beaux jours, cela donne, à la Ferré : «
Les diamants qui brillent à nouveau dans les yeux/De belles qui se maquillent pour qu'on vive mieux/Les beaux jours approchent... »
Cali possède une faculté d'interprétation singulière. Dans sa bouche, les mots semblent rouler, emportés par son accent catalan prononcé. Gros vendeur, avec des centaines de milliers d'albums écoulés, grand showman sur scène, il voulait, après quelques années de surexposition, s'accorder une période sabbatique dans son pays catalan. Mais comment résister à la tentation de s'essayer à de nouvelles expériences ?
« On m'a dit que j'en faisais trop. Tant pis. J'ai l'avantage d'avoir vécu 25 ans à l'ombre. J'ai conscience de la chance que j'ai maintenant. Je ne peux pas dire non ! »
« Appâté par le cinéma »
Appâté par la proposition du réalisateur Philippe Muyl (
Cuisines et dépendances) d'écrire des chansons pour
Magique, un film à sortir à l'automne, il est devenu acteur, aux côtés de Marie Gillain !
« Un jour, Philippe m'a demandé s'il pouvait me filmer un peu. Il y avait des passages chantés. Je lui ai fait confiance. J'ai commencé à travailler avec un coach. Je me suis embarqué... »
Cela ne l'a pas empêché d'écrire son disque, en partie « à la maison », à Perpignan, avec la complicité de Mathias Malzieu (Dionysos). Car il sait s'entourer. Les musiciens-invités se sont succédé, comme Geoffrey Burton, guitariste d'Arno, et Richard Kolinka, ex-batteur de Téléphone. Et Scott Colburn, réalisateur américain d'Arcade Fire. Le résultat est gourmand, avec cuivres, cordes et choeurs, passant du rock-flamenco de
L'espoir au rock héroïque de
Résistance en passant par un
Je ne te reconnais plus très hip-hop ou une valse avec
Les beaux jours approchent.
L'espoir,
Virgin/EMI,
14 titres.
Michel TROADEC.